{"id":93,"date":"2016-06-10T17:27:10","date_gmt":"2016-06-10T15:27:10","guid":{"rendered":"http:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/?page_id=93"},"modified":"2016-06-10T17:27:10","modified_gmt":"2016-06-10T15:27:10","slug":"la-dame-rouge","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/la-dame-rouge\/","title":{"rendered":"La dame rouge"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/ambreduboissite01\/ldr.php\"><strong>LA DAME ROUGE<\/strong><br \/>\n<\/a><br \/>\n<em>Premi\u00e8re nouvelle que j&rsquo;ai \u00e9crite, juste apr\u00e8s avoir achev\u00e9 mon roman \u00ab\u00a0Le Manoir des Immortels\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de cross-over sur le personnage de Elizabeth, la vampire qui a cr\u00e9\u00e9 Corwin.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mon voyage de prospection en Ecosse touchait \u00e0 sa fin. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 visit\u00e9 une douzaine de ch\u00e2teaux forts, tous plus rustiques et emplis de courants d\u2019air les uns que les autres.<\/p>\n<p>J\u2019avais joint pour l\u2019occasion, un petit groupe de touristes. Il n\u2019\u00e9tait compos\u00e9 que de six personnes, ce n\u2019\u00e9tait pas la saison id\u00e9ale pour les d\u00e9couvertes de ch\u00e2teau. En ce mois d\u2019octobre venteux, les braves gens pr\u00e9f\u00e9raient rester sagement au coin de leur feu, leur chien allong\u00e9 \u00e0 leur cot\u00e9.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le temps maussade et une bi\u00e8re \u00e0 la saveur plus que particuli\u00e8re, j\u2019avais su trouver un certain charme \u00e0 cette petite exp\u00e9dition. Les paysages \u00e9taient magnifiques, vallonn\u00e9s et embrum\u00e9s d\u2019histoires myst\u00e9rieuses \u00e0 chaque tournant de ruelle. J\u2019en oubliais presque mon travail.<\/p>\n<p>Ce denier ch\u00e2teau, accroch\u00e9 \u00e0 une falaise, surplombant la mer de plusieurs m\u00e8tres, m\u2019int\u00e9ressait tout particuli\u00e8rement. Certes, il poss\u00e9dait une magnifique tour fortifi\u00e9e datant du XVIII\u00e8me et une roseraie qui n\u2019avait rien \u00e0 envier \u00e0 celle de Sa Tr\u00e8s Gracieuse Majest\u00e9 mais mon int\u00e9r\u00eat \u00e9tait ailleurs.<\/p>\n<p>La l\u00e9gende racontait que ce b\u00e2timent \u00e9tait hant\u00e9 par une myst\u00e9rieuse dame rouge. Ce qualificatif lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 car elle arborait, lors de ces apparitions dans les couloirs ombrag\u00e9s de la b\u00e2tisse, une longue robe couleur cramoisie.<\/p>\n<p>Une sorci\u00e8re, non, en v\u00e9rit\u00e9, il s\u2019agissait plut\u00f4t d\u2019un fant\u00f4me. Un esprit hantant ces lieux, partageant son d\u00e9sespoir et sa recherche du repos de son \u00e2me avec les mortels. Emmur\u00e9e vivante par son p\u00e8re dans ce sinistre ch\u00e2teau, elle \u00e9tait morte de soif et de faim, il y avait de cela bien longtemps.<\/p>\n<p>Les villageois pr\u00e9tendaient que la nuit on l\u2019entendait d\u00e9ambuler dans le ch\u00e2teau, cherchant une impossible vengeance. Peu avait eu la chance de l\u2019apercevoir, tenant une chouette au bout de sa main, le regard vide, tourn\u00e9 vers un pass\u00e9 \u00e0 jamais perdu. Si elle \u00e9tait v\u00eatue de rouge, le bonheur vous attendait. Mais, si sa robe \u00e9tait noire, votre tr\u00e9pas serait pour l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le ch\u00e2teau appartenait \u00e0 la m\u00eame famille depuis des g\u00e9n\u00e9rations et semblait fort bien s\u2019accommoder de la pr\u00e9sence de cette anc\u00eatre pour le moins coquette.<\/p>\n<p>J\u2019avais obtenu le privil\u00e8ge de pouvoir passer une nuit en ces lieux, pr\u00e9textant un d\u00e9sir d\u2019\u00e9criture sur les vieilles traditions \u00e9cossaises.<\/p>\n<p>Ma femme, Mina, savait que j\u2019\u00e9tais parti pour le nord pour assurer mon travail de clerc de notaire, mais elle ignorait que ma route faisait \u00e9tape en ce lieu c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p>La visite formelle du ch\u00e2teau avait \u00e9t\u00e9 rapide. Notre guide, le v\u00e9n\u00e9rable garde chasse du domaine, parlait \u00e0 merveille des particularit\u00e9s de l\u2019architecture de la demeure de ses ma\u00eetres. Mais nul mot sur la dame rouge.<\/p>\n<p>J\u2019attendais avec impatience de quitter mes compagnons de voyage pour pouvoir m\u2019installer plus confortablement dans la chambre qui m\u2019\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e. Le soir, un souper en compagnie des membres de la famille Mortemer m\u2019attendait.<\/p>\n<p>Ces gens savaient recevoir et avaient pr\u00e9par\u00e9 un festin de prince. Les Mortemer avaient trois enfants, tous aussi blonds que les bl\u00e9s alors que leur p\u00e8re, un patriarche tr\u00f4nant fi\u00e8rement au centre de la table et imposant le respect par sa barbe grisonnante, arborait une profonde chevelure \u00e9carlate. Pour une raison que j\u2019ignorais, la ma\u00eetresse de maison \u00e9tait absente.<\/p>\n<p>Vint l\u2019heure o\u00f9 les enfants partirent se coucher et o\u00f9 je me retrouvais en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate, en train de fumer un excellent cigare import\u00e9 des colonies, en compagnie de ce chef de famille, si magistral et transpirant la tradition \u00e9cossaise.<\/p>\n<p>&#8211; Ainsi donc, vous \u00eates en r\u00e9alit\u00e9 notaire. Voil\u00e0 qui me rassure sur votre honorabilit\u00e9, monsieur. Non pas que je m\u2019inqui\u00e9tais, mais ma femme \u00e9tait assez r\u00e9ticente \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019accueillir un voyageur.<\/p>\n<p>&#8211; En effet, monsieur, mais je ne suis qu\u2019un simple clerc. Mon ma\u00eetre m\u2019envoit prospecter des demeures dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>L\u2019homme toussa d\u2019un ton grave en aspirant la fum\u00e9e de son cigare.<\/p>\n<p>&#8211; Et vos clients londoniens sont-ils si demandeur d\u2019acqu\u00e9rir une demeure dans cette r\u00e9gion ?<\/p>\n<p>&#8211; C\u2019est pour le moment, quelque chose de tr\u00e8s pris\u00e9 parmi notre client\u00e8le.<\/p>\n<p>Monsieur de Mortemer se tourna vers un des tableaux tr\u00f4nant au-dessus de la chemin\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; Esp\u00e9rons juste que ces anglais ne d\u00e9naturent pas notre paysage. Quoi qu\u2019ils fassent, ils n\u2019auront jamais la bravoure et le courage qu\u2019apporte le sang \u00e9cossais.<\/p>\n<p>Je laissais \u00e0 mon tour glisser mon regard vers les portraits de famille. Mon attention fut aussit\u00f4t attir\u00e9e par le tableau d\u2019une jeune femme aux boucles brunes et aux profonds yeux noirs. Une robe pourpre mettait son teint d\u2019opaline en \u00e9vidence.<\/p>\n<p>&#8211; Pardonnez mon indiscr\u00e9tion, mais sont-ce l\u00e0 des membres de votre famille ?<\/p>\n<p>Le patriarche suivit mon regard. J\u2019en profitais pour l\u2019observer discr\u00e8tement et je vit qu\u2019un coin de sa bouche se crispait en un tic nerveux.<\/p>\n<p>&#8211; Vous avez devant nous, cher monsieur Harker, la c\u00e9l\u00e8bre Dame Rouge !<\/p>\n<p>Je le regardais, feignant la surprise.<\/p>\n<p>&#8211; Cette charmante personne serait le fant\u00f4me dont toute la r\u00e9gion parle ? C\u2019est impossible !<\/p>\n<p>&#8211; Et pour quelles raisons, monsieur ? Les femmes belles sont souvent cruelles, vous n\u2019\u00eates pas sans le savoir ?<\/p>\n<p>&#8211; J\u2019ai simplement du mal \u00e0 croire qu\u2019elle effraye \u00e0 ce point les visiteurs.<\/p>\n<p>De Mortemer me regarda plus intens\u00e9ment, toute lueur d\u2019humour ayant quitt\u00e9 son visage.<\/p>\n<p>&#8211; Ainsi donc, vous \u00eates venu passer la nuit dans ce ch\u00e2teau en sachant pertinemment ce qui vous y attendait. Vous ne manquez pas de cran !<\/p>\n<p>&#8211; J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de voyager en Europe de l\u2019Est pour r\u00e9gler des affaires notariales avec un prestigieux client. En Transylvanie, j\u2019ai vu des choses que je pensais relever tout simplement des pires cauchemars de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Je me rendis compte qu\u2019inconsciemment mes doigts s\u2019\u00e9taient mis \u00e0 manipuler le col de ma chemise dans un geste nerveux. Mon h\u00f4te m\u2019observait toujours de son regard ac\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Elisabeth de Mortemer, tel \u00e9tait son nom. Elle v\u00e9cut au 17\u00e8eme si\u00e8cle et mourut \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 19 ans, emmur\u00e9e vivante dans l\u2019abbaye.<\/p>\n<p>&#8211; Quelle abomination !<\/p>\n<p>Mes yeux se report\u00e8rent sur le tableau de la jeune femme. Etait-elle d\u00e9j\u00e0 consciente du terrible sort qui l\u2019attendait quand elle avait pris la pose pour le peintre ?<\/p>\n<p>&#8211; En fait d\u2019abomination, monsieur Harker, c\u2019\u00e9tait surtout elle qui en \u00e9tait une.<\/p>\n<p>&#8211; Je vous demande pardon ?<\/p>\n<p>&#8211; Elisabeth de Mortemer \u00e9tait une criminelle. Mais avant cela, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une femme de petite vertu. Elle aimait la compagnie des jeunes hommes et les invitait volontiers \u00e0 partager sa couche pour la nuit. Son p\u00e8re \u00e9tait furieux de ses agissements, mais comme elle \u00e9tait son unique h\u00e9riti\u00e8re, son \u00e9pouse \u00e9tant d\u00e9c\u00e9d\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9ment, il fermait les yeux sur ce d\u00e9shonneur.<\/p>\n<p>&#8211; Est-ce pour cette raison qu\u2019il l\u2019a emmur\u00e9e vivante ?<\/p>\n<p>Mon compagnon s\u2019appuya lourdement sur son si\u00e8ge, le regard perdu dans le vague.<\/p>\n<p>&#8211; Non, non, il y a autre chose. D\u2019abord, il y eut des disparitions. Certains des jeunes hommes invit\u00e9s par la fougueuse Elisabeth disparaissaient myst\u00e9rieusement pour ne jamais r\u00e9appara\u00eetre. Des rumeurs commenc\u00e8rent \u00e0 se propager dans le village. Jusqu\u2019au jour, o\u00f9, fou de rage en entendant les bruits d\u2019\u00e9bats torrides auxquels s\u2019adonnait sa fille, le chef de famille entra violemment dans sa chambre et la d\u00e9couvrit en train de boire le sang de ses victimes.<\/p>\n<p>&#8211; Comment une telle chose est-elle possible, demandai-je.<\/p>\n<p>&#8211; Le p\u00e8re d\u2019Elisabeth n\u2019y trouva qu\u2019une seule explication. Le d\u00e9mon s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 de son unique enfant. Fou de rage et pouss\u00e9 par un profond d\u00e9sir de contrer le Diable dans son \u0153uvre, il appela ses hommes pour l\u2019aider \u00e0 faire emmurer sa fille vivante dans une des colonnes de l\u2019abbaye.<\/p>\n<p>De Mortemer se tut un instant, attendant visiblement une r\u00e9action de ma part.<\/p>\n<p>&#8211; Voil\u00e0 donc pourquoi le fant\u00f4me d\u2019Elisabeth erre dans ce ch\u00e2teau ? En plus de sa mort violente, son \u00e2me de meurtri\u00e8re ne peut certainement pas trouver le repos. Elle erre inlassablement entre deux mondes\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Pour un homme de loi, vous m\u2019\u00e9tonnez, monsieur.<\/p>\n<p>&#8211; Mon s\u00e9jour en Transylvanie m\u2019a ouvert l\u2019esprit sur des choses\u2026pour le moins sp\u00e9ciales.<\/p>\n<p>Le ma\u00eetre de maison me regarda une fois de plus intens\u00e9ment avant de se lever et de prendre cong\u00e9 de moi.<\/p>\n<p>&#8211; J\u2019esp\u00e8re que mes histoires \u00e9cossaises ne vous emp\u00eacheront pas de trouver le sommeil, monsieur Harker.<\/p>\n<p>Ma chambre \u00e9tait cosy mais confortable. Une haute fen\u00eatre donnait sur un vaste paysage d\u2019ombres et de pierres. Je m\u2019assis au boudoir pour \u00e9crire une courte lettre \u00e0 ma bien-aim\u00e9e Mina, lui assurant une fois de plus que mon voyage se d\u00e9roulait bien et que je serais bient\u00f4t de retour \u00e0 Londres.<\/p>\n<p>J\u2019aspirais \u00e0 rejoindre mon lit et m\u2019endormit rapidement, l\u2019esprit empli de visions de fant\u00f4me en robe cramoisi.<\/p>\n<p>Un bruit dans la nuit me r\u00e9veilla, un bruissement d\u2019\u00e9toffes, la cadence de pas sur le plancher. Ouvrant difficilement les yeux, au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres, je sentis une main fine se glisser le long de ma nuque. Des doigts froids me caressaient la courbe de la jugulaire. Je soupirai d\u2019aise devant ce contact si ent\u00eatant, me demandant encore si je r\u00eavais ou non.<\/p>\n<p>Mes yeux s\u2019habitu\u00e8rent peu \u00e0 peu \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9. Devant moi, assise \u00e0 mes cot\u00e9s sur mon lit, se tenait une magnifique jeune femme brune aux yeux d\u2019un noir profond.<\/p>\n<p>&#8211; Elisabeth, murmurai-je<\/p>\n<p>&#8211; Je vous en prie, appelez-moi Babette, monsieur Harker.<\/p>\n<p>&#8211; Comment\u2026<\/p>\n<p>Mais la charmante jeune femme venait de poser un de ces doigts sur mes l\u00e8vres pour les clore.<\/p>\n<p>&#8211; Je sens sur vous la marque d\u2019une autre.<\/p>\n<p>&#8211; Je\u2026je suis mari\u00e9 et\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Ce n\u2019est pas de cela que je parle.<\/p>\n<p>Instantan\u00e9ment, je compris que je venais de trouver ce que je cherchais depuis si longtemps dans ces ch\u00e2teaux \u00e9cossais. La femme devant moi \u00e9tait d\u2019une beaut\u00e9 impressionnante, envo\u00fbtante, mais je remarquais tous les traits caract\u00e9ristiques qui trahissait en elle le simple cadavre qu\u2019elle \u00e9tait.<\/p>\n<p>&#8211; En effet, dis-je, soudain g\u00ean\u00e9 par mes propres propos, une femme m\u2019a mordu et a bu mon sang, il y a quelques mois.<\/p>\n<p>Elisabeth me fit pivoter la t\u00eate et lova sa bouche contre ma nuque. Je sentis le contact de ses l\u00e8vres g\u00e9n\u00e9reuses mais glac\u00e9es sur ma peau, puis sa langue se darda pour venir l\u00e9cher l\u2019endroit exact de mes anciennes cicatrices. Ce contact froid et humide provoqua en moi des frissons d\u2019extases, des ondes de plaisir remont\u00e8rent le long de ma colonne vert\u00e9brale, ramenant en moi les souvenirs d\u2019extases d\u2019antan. La jeune femme se releva, une m\u00e8che de cheveux devant les yeux.<\/p>\n<p>&#8211; Il y en a eu plusieurs, chuchota-t-elle comme un secret.<\/p>\n<p>&#8211; Elles \u00e9taient trois\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Mais il y avait aussi un homme. Quelqu\u2019un qui ne m\u2019est pas inconnu.<\/p>\n<p>Evoqu\u00e9 le nom de ce monstre m\u2019\u00e9tait impossible, le simple fait d\u2019imaginer \u00e0 nouveau son visage semblait faire vaciller ma raison. Elisabeth glissa sa main sous ma chemise de nuit, venant titiller les quelques poils de ma poitrine. Elle remonta lentement le long de mon corps, semblant laisser une longue tra\u00een\u00e9e froide et br\u00fblante derri\u00e8re elle.<\/p>\n<p>Dans un sourire, la vampire demanda :<\/p>\n<p>&#8211; Vous ont-elles mordu\u2026ailleurs, monsieur Harker ?<\/p>\n<p>&#8211; Jonathan\u2026.Oui, dis-je dans un souffle.<\/p>\n<p>&#8211; Dans ce cas, Jonathan, nous allons nous amuser.<\/p>\n<p>D\u2019un geste trop rapide, mes draps disparurent ainsi que ma tenue de nuit. Je me retrouvais enti\u00e8rement nu devant la jeune femme savamment habill\u00e9e de rouge. Devant cette sublime vision, le d\u00e9sir ne faisait que monter dans mon corps.<\/p>\n<p>Elisabeth s\u2019assit \u00e0 califourchon sur moi et commen\u00e7a \u00e0 faire glisser lentement ses mains sur chaque partie de mon corps, les faisant palpiter sous la caresse de sa peau froide et douce, me faisant fr\u00e9mir et frissonner de plaisir, \u00e0 chaque fois de mani\u00e8re plus intense. Je ne pouvais d\u00e9tacher mon regard de ses yeux rieurs et de son sourire taquin aux l\u00e8vres si prometteuses.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e \u00e0 hauteur de mon poignet, elle le prit de ses deux mains, le porta \u00e0 ses l\u00e8vres pour enfoncer ses longues dents blanches dans ma chair. Toute ma raison bascula, mon esprit vacilla, emport\u00e9 par le plaisir. Mon corps, enfin combl\u00e9 de son d\u00e9sir de retrouver ces sensations t\u00e9n\u00e9breuses se lib\u00e9ra de sa torpeur.<\/p>\n<p>Mon amante d\u2019un soir poursuivit sa recherche, faisant de m\u00eame avec tous les autres endroits o\u00f9 des cr\u00e9atures de la nuit avait d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9s leur marque. D\u00e9busquant avec une lenteur hypnotisante toutes mes anciennes cicatrices jusqu&rsquo;au recoin les plus intimes.<\/p>\n<p>Alangui, je restais docilement allong\u00e9 sur ma couche, regardant le plafond et sentant ma ma\u00eetresse immortelle se promener le long de mon corps, planter ses dents, goutter mon sang, faire bouillir mon d\u00e9sir \u00e0 l\u2019aide de son corps froid comme la mort.<\/p>\n<p>Finalement, son visage r\u00e9apparut dans mon champ de vision. Sa bouche ensanglant\u00e9e se posa sur mes l\u00e8vres pour un long baiser profond et langoureux. Sa langue avait le go\u00fbt du sang, le go\u00fbt rouge de la passion, le go\u00fbt de la mort. Mon corps se cambrait devant l\u2019intensit\u00e9 de mon d\u00e9sir. Elisabeth resserrait l\u2019\u00e9treinte de ses cuisses contre mon corps et, dans un dernier \u00e9lan, me mordit puissamment la nuque.<\/p>\n<p>Il me semblait que je flottais entre deux eaux, comme revenu un instant dans le pass\u00e9, dans l\u2019extase que j\u2019avais connue entre les bras de ces femmes inhumaines en Transylvanie. Ma conscience se perdit dans des limbes obscures et je m\u2019\u00e9vanouis dans un dernier sursaut de plaisir.<\/p>\n<p>Le petit matin me trouva transi de froid sur mon lit, toutes mes couvertures abandonn\u00e9es sur le sol. Grelottant, l\u2019esprit embrum\u00e9, je luttais contre les vertiges qui m\u2019assaillaient pour tenter de me lever. Les aventures de la nuit \u00e9taient profond\u00e9ment grav\u00e9es dans ma m\u00e9moire et les marques de morsures sur ma peau trahissaient mes \u00e9bats avec Elisabeth.<\/p>\n<p>Avec des gestes maladroits, je m\u2019habillais, m\u2019appr\u00eatant \u00e0 faire mes adieux \u00e0 mes h\u00f4tes d\u2019un soir, sachant que je devais \u00e0 tout prix fuir ce lieu, sous peine de ne plus jamais vouloir le quitter.<\/p>\n<p>Dans le couloir de l\u2019entr\u00e9e, je rencontrais une triste petite femme, son corps fr\u00eale \u00e9tait enroul\u00e9 dans un \u00e9pais ch\u00e2le. Elle s\u2019avan\u00e7a rapidement vers moi.<\/p>\n<p>&#8211; Ainsi donc, vous nous quittez d\u00e9j\u00e0, monsieur.<\/p>\n<p>Je supposais avoir devant moi la ma\u00eetresse des lieux en personne. Son regard s\u2019attarda un instant sur le mien. Elle fron\u00e7a les sourcils.<\/p>\n<p>&#8211; Elle vous a rendu visite, \u00e0 vous aussi.<\/p>\n<p>Je la regardais, feignant de ne pas comprendre le sens ses paroles.<\/p>\n<p>&#8211; Dans ce cas, vous faites bien de partir, ajouta-t-elle. Mon mari serait furieux et jaloux. Il n\u2019aime pas la partager. Et puisqu\u2019elle vous a laiss\u00e9 une deuxi\u00e8me chance, ne la g\u00e2cher pas.<\/p>\n<p>&#8211; Je n\u2019y manquerais pas, madame, dis-je maladroitement avant de prendre ma mallette en main et de me diriger sur le petit sentier qui menait au village voisin.<\/p>\n<p>Du haut d\u2019une petite colline, je me retournais une derni\u00e8re fois vers la demeure des Mortemer. J\u2019avais trouv\u00e9 en ces lieux, tout ce que je d\u00e9sirais ardemment, la passion que je recherchais depuis tant d\u2019ann\u00e9es. Je fis un adieu muet et secret \u00e0 la myst\u00e9rieuse dame rouge qui m\u2019avait fait rena\u00eetre aux plaisirs de la vie et qui m\u2019avait permis, une fois de plus, de go\u00fbter aux plaisirs envo\u00fbtants et d\u00e9fendus des t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>Poursuivant ma marche solitaire, ma main jouant inconsciemment avec le col droit de ma chemise, je songeais qu\u2019il me faudrait, au plus vite, \u00e9crire une lettre \u00e0 ma ch\u00e8re Mina pour lui annoncer que mon voyage d\u2019affaires devait in\u00e9vitablement se prolonger. Se prolonger le temps que les marques de morsures disparaissent\u2026.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA DAME ROUGE Premi\u00e8re nouvelle que j&rsquo;ai \u00e9crite, juste apr\u00e8s avoir achev\u00e9 mon roman \u00ab\u00a0Le Manoir des Immortels\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de cross-over sur le personnage de Elizabeth, la vampire qui a cr\u00e9\u00e9 Corwin. &nbsp; &nbsp; Mon voyage de prospection en Ecosse touchait \u00e0 sa fin. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 visit\u00e9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/la-dame-rouge\/\">Read More&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-93","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/93","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=93"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/93\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":94,"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/93\/revisions\/94"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/editionsdupetitcaveau.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=93"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}